Disons non à la violence conjugale sous toutes ses formes

Le mercredi 24 octobre je suis tombée sur une vidéo choquante partagée par l’un de mes contacts sur Facebook. Je suis un peu plus préoccupée de voir à quel point la violence à l’encontre des femmes est encore tolérée en 2018 et même encouragée au sein de notre société. Sous le regard admiratif d’une dizaine de personnes, une femme est battue, matraquée par un bourreau, qui est probablement son conjoint. La victime était sur le point de sortir. Elle a été peut-être suivie par son conjoint ou du moins il l’a croisé en chemin. Ce dernier l’accuse d’avoir un amant et lui ordonne de rebrousser chemin : « retounen lakay… lòt nèg la w genyen an (tu dois retourner à la maison… tu as un autre amant… », lui a ordonné le tonton makoutt tout en  la frappant  à plusieurs reprises avec un bâton.

Ce qui  me révolte le plus, c’est l’acclamation, la moquerie et l’inaction de l’assistance. L’un d’entre eux avait jugé bon de lui enlever la machette qu’il tenait entre ses mains pendant qu’il accomplissait son acte barbare.

« Wi manchèt la pa ladann ( la machette n’en fait pas partie)…Men ba li baton (Oui continue de la frapper)…ou manke ba li ( ce n’est pas suffisant)…Poul k ap kraze ze l ou pa antre nan sa (Une poule qui brise son œuf ce n’est pas ton problème )…zafè madanm ak mouche kite yo regle koze yo ( On ne se mêle pas des affaires de couple)»,scandait un jeune homme pour empêcher à d’autres personnes d’intervenir. Le bourreau l’avait déjà roué de coups de bâton pendant au moins cinq bonnes minutes, quand un homme (peut-être un membre de la famille de la victime) a jugé son acte inacceptable et l’a frappé à son tour.

Certains me demanderaient à coup sûr, pourquoi je suis scandalisée par un acte qui est si courant dans notre société. Quand une mauvaise habitude devient une norme, on a de quoi s’inquiéter. Autrefois, j’aurais dit que c’est une question de formation. Parce que d’après moi, un homme formé n’oserait pas frapper sa femme. Et pourtant, il y a de cela deux semaines, les photos de la Mairesse de Tabarre, Nice Simon avec des bleus au niveau de son dos et l’œil tuméfié, ont fait le tour des réseaux sociaux. Elle a été malmenée par son compagnon Yves Léonard. La nouvelle s’est rependu et tout le monde en parlait, parce qu’il s’agissait d’une autorité étatique, d’un personnage public. Peut-on donc parler de formation dans le cas du Conjoint de Nice Simon ?

Ceci, pour tout simplement dire que la question de violence conjugale devient un virus qui ronge la société haïtienne. Il faut qu’il y ait des actions concrètes pour éradiquer ce fléau, car aucune couche sociale n’est épargnée. : « Plus d’1/3 des femmes et filles du pays ont déjà subi des violences physiques avant d’atteindre l’âge de 15 ans. 25% des violences faites aux femmes sont avant tout des violences sexuelles et physiques. Fort souvent, ces violences sont provoquées par les maris. Il faut que cela cesse »,  peut-on lire dans une note publiée par le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes en novembre 2015. D’après cet article, la violence conjugale serait la première cause de mortalité féminine en Haïti (Le National : 26 novembre 2015, 12:13).

Je disais tantôt qu’il faut que les femmes cessent d’être des victimes de violences physiques, sexuelles et verbales au sein de la société.  La révolte, la dénonciation en est une chose. Il faut passer à une autre phase. On doit commencer à mieux éduquer nos enfants. Et si les parents d’aujourd’hui commençaient par bannir la violence au sein de leurs familles. Comme dit le vieux dicton : «  On ne donne pas ce que l’on n’a pas ».  Si vos enfants assistent aux scènes de violence à la maison, il y a beaucoup de chance qu’ils reproduisent demain les mêmes schémas. S’il est vrai que plus d’ 1/3 des femmes et filles du pays ont déjà subi des violences physiques à l’âge de 15 ans, c’est au sein même de leurs propres familles. Elles sont battues par leurs pères, frères, cousins, oncles… Les hommes qui symbolisent les figures d’autorités. Et si les parents commencent à apprendre à leurs filles qu’elles ne sont pas faites pour être maltraitées par qui que ce soit ? Autrement dit, si on apprenait au niveau de la famille à respecter l’intégrité physique de nos enfants (filles et garçons) ? A mon avis, ce serait déjà un pas important.

Pour finir,  moi j’aurais conseillé aux organisations féministes et de droits humains en général, d’entreprendre un travail de sensibilisation sérieux quant à notre façon de penser qui encourage les violences axées sur le genre. Je fais allusion justement aux arguments avancés par le jeune homme pour justifier que le monsieur avait le droit de frapper la femme. Il a utilisé des dictons et proverbes courants de notre société. Comme l’a dit  Rabah Belamri, le recours aux proverbes [à ces belles formules], qui ne sont souvent que des clichés témoins d’une mentalité frileuse, n’est pas exempt de danger. Outre, qu’ [ils]  favorisent la paresse intellectuelle, [ils] consolident les préjugés, permettent à leurs utilisateurs de se dérober à un discours réfléchi et de rejeter les idées qui heurtent au conformisme. Si ces fragments de pensée et d’imaginaire qui ont l’homme pour sujet peuvent être des paroles de sagesse, de bon sens, de prudence…il n’en demeure pas moins vrai qu’ils peuvent aussi développer une morale étriquée et douteuse où misogynie, duplicité, individualisme, cupidité, mépris et moquerie se cultivent à pleines métaphores ( Rabah Belamri, 1986).

Mon mémoire de master sur les représentations sociales des hommes par rapport aux femmes dans les proverbes créoles  haïtiens aborde en long et en large cette problématique. Ce travail propose un projet de sensibilisation axé sur le genre. D’une part les activités visées par ce projet peuvent aider à sensibiliser les parents en vue de rééduquer la génération future pour qu’elle ne reproduise pas ce schéma identitaire, stéréotypé, proposé par les proverbes. D’autre part, il vise de contribuer à la déconstruction des stéréotypes de genre, source de légitimation des violences à l’encontre des femmes dans la société haïtienne.

La Muse

La vidéo montrant la scène de violence à l’encontre de la femme

 

 

 

 

 

 

 

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